La question de l’évolution des directeurs juridiques reste un sujet majeur d’interrogation. Que faire après 10 ans, 20 ans ou plus à la tête d’une direction juridique cotée ou non cotée, après avoir construit et stabilisé une équipe, s’être assuré de la bonne intégration de celle-ci au sein du groupe et après avoir relevé des défis nombreux et souvent sensibles qui vont de pair avec la fonction.

 

La volonté des avocats de rejoindre une direction juridique d’entreprise au cours de leur carrière est une réflexion classique pour ces profils. On parle moins des départs (ou retours) des directeurs juridiques vers les cabinets d’avocats. Il s’agit pourtant d’un mouvement que nous observons de plus en plus et qui peut présenter de nombreux avantages pour les deux parties à condition que les bases de discussion et les attentes soient claires.

 

Dans un marché de l’emploi où ces postes de direction sont rares et peu visibles, cette option apparaît intéressante. D’autant plus, que même si dans un grand nombre de cas les profils expérimentés restent préférés, on note que certaines entreprises privilégient des profils plus juniors à ces postes, ce qui s’explique par différents facteurs : le facteur financier mais également pour les structures moyennes et en croissance ou celles qui franchissent un pallier de développement, une recherche spécifique de profils qui se développeront en même temps que les enjeux juridiques de la société.

 

Tour d’horizon de la réflexion à la fois du point de vue des cabinets d’avocats et des directeurs juridiques.

 

Du point de vue des cabinets d’avocats, intégrer un directeur juridique présente des avantages significatifs :

 

  1. Une compréhension approfondie des besoins et des défis spécifiques aux entreprises par l’apport d’une connaissance interne. Cette connaissance peut aider le cabinet à affiner ses services et à offrir des conseils ciblés et pratiques à leurs clients. Leur compréhension des enjeux commerciaux et juridiques auxquels font face les entreprises permet au cabinet de se positionner comme un partenaire stratégique pour ses clients. Il s’agit d’un avantage concurrentiel pour le développement d’affaires.
  2. Un renforcement et développement de l’expertise du cabinet : L’expérience acquise en entreprise par les directeurs juridiques dans des domaines tels que la conformité réglementaire, la gestion des risques et la stratégie d’entreprise enrichit l’expertise globale du cabinet au bénéfice du client. Cela permet au cabinet de présenter une offre de services complète et peut favoriser les échanges entre départements du cabinet. Ces profils apportent une vision stratégique, innovante et une capacité à diriger des projets juridiques complexes, améliorant ainsi l’efficacité opérationnelle et la rentabilité du cabinet.
  3. L’apport d’une compétence senior : les cabinets d’avocats sont confrontés à la gestion des départs de seniors, counsels, of counsels, associés et le recrutement de ces profils est complexe. Intégrer un directeur juridique permet de venir renforcer cette séniorité gage de stabilité des équipes.
  4. L’apport d’une compétence en management : avoir occupé un rôle de leader dans une direction juridique implique souvent de s’être confronté à de la gestion d’équipes multi-profils et parfois multi-juridictions, de la planification stratégique, voire de la conduite du changement. En intégrant un cabinet d’avocats, ces compétences peuvent s’avérer utiles et améliorer la gestion interne du cabinet.

 

Du point de vue des directeurs juridiques, rejoindre un cabinet peut présenter plusieurs intérêts :

 

  1. Maitrise de l’évolution de carrière : ce changement peut être très bénéfique dans la gestion de carrière de ces professionnels comme l’atteste les nombreux professionnels qui ont fait ce choix. Il ne ferme aucune porte et permet au contraire d’envisager soit une poursuite en cabinet soit un retour en entreprise par la suite.
  2. Enrichissement des compétences et de l’expérience : l’arrivée au sein d’un cabinet d’avocats peut permettre un élargissement de la variété de dossiers traités par la multiplicité des clients du cabinet venant de secteurs d’activité différents et par les problématiques traitées contrairement à l’entreprise où selon le secteur, les champs d’activité peuvent apparaitre plus restreints.
  3. Autonomie dans la gestion des dossiers : affranchis des objectifs commerciaux et globaux de l’entreprise, l’avocat dispose d’une forte marge de manœuvre en termes d’approche stratégique du dossier et peut proposer des solutions innovantes d’autant plus que l’expérience en entreprise a pu nourrir une excellente connaissance de la gestion des risques.
  4. Augmentation du niveau de rémunération : selon le type de structure et le positionnement au sein du cabinet, il est probable que le niveau de rémunération soit plus important en cabinet.

 

La transition des directeurs juridiques vers les cabinets d’avocats est une tendance qui peut bénéficier à la fois aux individus et aux cabinets. Il reste essentiel de réfléchir aux facteurs clés de succès pour une bonne intégration. La dimension de pragmatisme et de conseil déjà présente chez les directeurs juridiques sera un atout fort, de même que la capacité opérationnelle. De directeur juridique à avocat de plein exercice, il sera important de déterminer la pertinence du statut ainsi qu’un calendrier d’intégration. Il faut aussi réfléchir au niveau d’autonomie, de rétrocession, aux attentes en termes de gestion de clients et aux perspectives de développement pour pérenniser cette nouvelle collaboration.

 

Ce passage en cabinet, qui a lieu à la fois dans des structures françaises mais aussi anglo-saxonnes, est souvent en lien avec le réseau développé par le directeur juridique au début ou dans le courant de sa carrière. L’intuitu personae reste un élément fort de choix.

 

D’une manière générale, toutes les évolutions et les mouvements qui participent à une fluidité du marché sont bénéfiques comme on le constate d’ailleurs sur le marché anglo-saxon.

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